Dans un contexte de recomposition économique profonde, le Tchad s’efforce de redéfinir son modèle de croissance, en articulant privatisations ciblées, attraction d’investissements directs étrangers (IDE) et création d’un environnement propice au secteur privé. Cette réflexion s’inscrit dans la mise en œuvre du Plan national de développement « Tchad Connexion 2030 », qui ambitionne de mobiliser près de 30 milliards USD d’investissements publics et privés entre 2025 et 2030 pour générer en moyenne une croissance annuelle du PIB réel de 8 % et orienter l’économie vers une trajectoire plus durable et inclusive.
La privatisation des entreprises publiques et l’ouverture accrue au capital privé sont perçues comme des leviers essentiels pour dynamiser la productivité, réduire la charge fiscale de l’État et moderniser les secteurs clés. Cette stratégie s’articule avec des réformes structurelles visant à simplifier les procédures administratives, réviser le cadre fiscal et renforcer la gouvernance économique, afin de rendre le Tchad plus attractif aux capitaux privés nationaux et internationaux.
Dans un pays historiquement dépendant des revenus pétroliers et publics, l’entrée du secteur privé dans des activités productives notamment les infrastructures, l’énergie, les télécommunications et l’agro-industrie pourrait constituer un catalyseur puissant de croissance. Cela rejoint les recommandations des institutions internationales comme la Société financière internationale (IFC) et la Banque mondiale, qui identifient l’augmentation des investissements privés dans les chaînes de valeur agricoles et industrielles comme un vecteur stratégique de diversification et de réduction de la pauvreté.
Les données récentes de la banque mondiale montrent une progression significative des flux d’IDE vers le Tchad, illustrant un regain d’intérêt des investisseurs étrangers. En 2024, le pays a attiré environ 1 milliard USD d’IDE, soit une augmentation de près de 66 % par rapport à 2023, plaçant le Tchad au 2ᵉ rang des destinations d’investissement au sein de la CEMAC.
Cette dynamique reflète à la fois l’amélioration graduelle du climat des affaires et l’intérêt pour les secteurs extractifs (hydrocarbures, mines), ainsi que pour des domaines à fort potentiel comme l’énergie, l’agro-industrie et les infrastructures. Si ce mouvement vers l’intégration des capitaux étrangers est positif, il doit toutefois être accompagné de mesures robustes de gouvernance, de protection juridique des investisseurs et de politiques industrielles actives, pour éviter les pièges d’une croissance purement fondée sur l’extraction des ressources naturelles.
La littérature économique souligne que la complémentarité entre investissements publics et privés est souvent plus déterminante pour la croissance que la simple privatisation. Dans les économies en développement, les investissements publics restent un moteur essentiel, notamment en infrastructures de base, éducation et santé, qui réduisent le coût de production et améliorent la compétitivité du secteur privé.
Pour le Tchad, la mise en place d’un modèle mixte signifie que l’État devrait continuer à stimuler l’investissement public stratégique dans les biens publics tout en créant des cadres incitatifs par des partenariats public-privé (PPP), des régulations transparentes et l’accès au financement afin que le secteur privé contribue efficacement à la croissance. Cela requiert également une coordination étroite avec les institutions financières internationales (IMF, Banque mondiale), qui accompagnent le pays dans l’assainissement budgétaire, la réduction des déficits et l’amélioration du climat des affaires. L’accord de financement de la Facilité Élaborée de Crédit (FEC) avec le Fonds monétaire international (FMI) (plus de 625 millions USD sur 48 mois) illustre cette démarche de soutien institutionnel à des politiques économiques plus robustes.
Ainsi, un modèle de croissance tchadien fondé sur des privatisations sélectives, une attraction accrue d’IDE et une synergie renforcée entre le secteur public et le privé est à la fois souhaitable et réaliste. Toutefois, il exige une gouvernance transparente, des institutions fortes et une politique économique cohérente qui valorise le capital humain, la diversification productive et la stabilité macroéconomique. Le défi pour le Tchad est donc de traduire ces ambitions stratégiques en réformes opérationnelles efficaces, avec une intégration intelligente du secteur privé comme moteur de développement durable.
Privatisations et investissements stratégiques : quel modèle de croissance pour le Tchad ?

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