Dans l’économie tchadienne, l’agriculture demeure un pilier central. Bien qu’une grande partie de la population tire ses moyens de subsistance de la production locale, l’enjeu aujourd’hui est de transformer cette dynamique régionale en une capacité nationale durable, capable d’assurer l’autosuffisance alimentaire et de contribuer de façon plus robuste au Produit intérieur brut (PIB).
Selon les sources les plus récentes, l’agriculture représente une part significative de l’économie nationale, employant une large majorité de la population rurale et participant à près de 23 % du PIB, dont une grande part provient des cultures vivrières et maraîchères.
Une production diversifiée mais inégalement répartie, les zones méridionales du Tchad notamment le Mayo-Kebbi, le Logone, le Mandoul et le Moyen-Chari figurent parmi les principales régions de production agricole. Elles sont traditionnellement reconnues pour leurs cultures céréalières et oléagineuses, avec des rendements significatifs en riz, arachide, sésame et autres cultures de rente.
À l’échelle nationale en 2023, les données de la FAO font apparaître une production agricole diversifiée : 878 000 tonnes de sorgho, principal aliment de base, 782 000 tonnes d’arachide, 634 000 tonnes de mil, 224 000 tonnes de riz, 210 000 tonnes de sésame. À côté, 354 000 tonnes de maïs et près de 288 000 tonnes de manioc, illustrant l’importance des denrées vivrières.
Ce portefeuille de cultures reflète la capacité des différents terroirs à produire des biens essentiels. Les zones soudaniennes et les plaines irriguées permettent notamment la culture du riz et des céréales pluviales, tandis que le sésame en forte croissance devient une culture de rente à fort potentiel d’exportation.
Cependant, la production est encore largement orientée vers la consommation locale et la subsistance, et très peu valorisée en circuits de transformation à valeur ajoutée. La majorité des céréales produites est consommée directement par les familles agricoles, limitant ainsi les capacités de stockage et de mise sur le marché.
Au-delà du Sud producteur de denrées vivrières, les zones sahéliennes et sahariennes contribuent à l’agro-pastoralisme, à la production d’oignons, de légumes adaptés et de dattes, particulièrement dans les oasis et zones semi-arides où ces productions sont économiquement structurantes.
Cette répartition géographique des productions devrait être envisagée comme un ensemble complémentaire. En effet, l’équilibre national ne peut être atteint que si les surplus régionaux en denrées alimentaires trouvent des filières de distribution interprovinciales efficaces, permettant d’atténuer les déficits locaux et de réduire la dépendance aux importations. Sans une telle intégration, la sécurité alimentaire reste fragile, particulièrement face aux aléas climatiques et à l’augmentation de la demande urbaine.
Les acteurs économiques et les décideurs publics s’accordent sur l’urgence d’industrialiser l’agriculture : encourager la transformation locale des produits, structurer des chaînes de valeur et développer les infrastructures de stockage et de transport. Ces mesures sont perçues comme essentielles pour augmenter non seulement la production, mais aussi sa valeur ajoutée sur les marchés nationaux et régionaux.
Pour atteindre une autosuffisance alimentaire durable, il ne suffit pas d’accroître les volumes. Il faut aussi optimiser la complémentarité des économies locales entre Sud, Centre, Est, Ouest et Nord pour assurer une distribution équilibrée des denrées tout au long de l’année, renforcer le PIB national et réduire les vulnérabilités face aux chocs externes.


